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(2024)  L’enseignement du genre et des consonnes finales en français

(2024) L’enseignement du genre et des consonnes finales en français

Introduction : la prononciation et le genre grammatical 

Bien que l’enseignement de la prononciation aide les apprenants à améliorer leur prononciation (Thomson & Derwing, 2015), il a rarement la place qu’il mérite. Les trois principales raisons invoquées par Darcy (2018) sont « l’obstacle du temps » (manque de temps), « l’obstacle de la méthode » (comment enseigner) et « l’obstacle de la focalisation » (quoi enseigner en priorité). Pourtant, la prononciation est très importante, et la prononciation des consonnes finales est liée à notamment à l’attribution du genre grammatical.  

Le genre des inanimés se base sur les terminaisons des noms. Il détermine l’accord de genre des articles, adjectifs, pronoms et participes passés, et il est donc primordial en grammaire. Il est notoirement difficile à maîtriser pour les locuteurs non natifs (L2) (Keller, 2013) en raison des nombreuses terminaisons. En outre, les erreurs de genre peuvent compromettre la communication ainsi que la maîtrise et la précision de la langue. Pourtant, selon Surridge (1995), le genre des choses est rarement enseigné ; et s’il l’est, il ne l’est pas de manière adéquate et efficace. 

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Question 1. Quelles étapes sont nécessaires pour maitriser une règle? 

Selon le modèle basé sur l’usage (Ellis, 2002), les locuteurs doivent avoir acquis un nombre suffisant d’items avec leurs propriétés lexicales, morphosyntaxiques et phonétiques dans leur base de données, pour pouvoir créer des catégories abstraites qui leur permettent d’appliquer des règles de manière systématique et de produire des séquences nouvelles, c’est-à-dire par exemple, de déterminer correctement le genre de mots jamais entendus auparavant ou de savoir prononcer des mots qu’ils n’ont jamais entendus. 

Pour utiliser cette base de données de manière efficace les apprenants doivent avoir construit des catégories lexicales, morphosyntaxiques et phonétiques abstraites et avoir enregistré des informations complètes et précises dans leur base de données avec suffisamment d’items pour chaque structure. Pour cela, ils doivent avoir entendu et pratiqué de nombreux items et séquences de la même structure. Par conséquent, une manière efficace d’enseigner la langue est d’enseigner les mots et les propriétés des mots ensemble, en les organisant par catégories linguistiques, en se concentrant sur une seule structure à la fois, en donnant un minimum d’explications et un maximum de pratique jusqu’à ce que les apprenants puissent utiliser la nouvelle structure correctement et facilement. La répétition et l’automatisation de l’enseignement sont nécessaires, comme le préconisent notamment Gatbonton et Segalowitz (2005) avec la méthode ACCESS. 

Pour réaliser la première étape de l’automatisation, les apprenants doivent entendre des séquences de mots jusqu’à ce qu’ils en aient une mémoire auditive. Afin que les mots soient enregistrés avec leurs propriétés lexicales, grammaticales et phonétiques, il faut de nombreuses répétitions. Pour que les activités ne paraissent pas répétitives, il y aura des répétitions, mais avec des activités différentes. Les apprenants pratiquent ces éléments et reçoivent un feed-back constructif pour contrebalancer l’interférence potentielle de leur L1. Enfin, après avoir entendu et pratiqué un certain nombre d’éléments, les apprenants peuvent appliquer une règle à des éléments nouveaux et dans des contextes de communication. Il s’agit donc d’enseigner le vocabulaire, la grammaire et la prononciation en même temps, avant de faire des exercices de communication ou d’appliquer les nouvelles règles dans des exercices demandant de faire des tâches spécifiques. 

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Question 2. Quoi enseigner en prononciation et dans quel ordre? 

On peut commencer par l’intonation de base des phrases déclaratives, l’accent tonique, et les phonèmes français. Il est très important de faire des exercices d’écoute et de discrimination, et il faut de nombreuses répétitions pour former l’oreille des apprenants. Ensuite, on enseigne les groupements de lettres, par exemple, c + a se prononce /ka/, les consonnes finales, ce sur quoi nous allons nous concentrer ici. Ensuite, on peut travailler différentes intonations, et les liaisons obligatoires (les_enfants) et enchainements (une_amie). 

On peut enseigner la prononciation en même temps qu’on enseigne autre chose, par exemple, enseigner l’intonation des questions en enseignant les structures grammaticales des questions (est-ce que… intonation montante). On peut enseigner les liaisons et la prononciation des pronoms et verbes (ils_arrivent) en enseignant les conjugaisons. Quand certains éléments phonétiques ou grammaticaux sont difficiles à maîtriser, il faut alors faire des leçons se concentrant sur ces éléments, avec beaucoup de pratique.  

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Question 3. Comment enseigner la leçon de prononciation et implications pour la salle de classe? 

Les consonnes finales sont généralement muettes en français. En plus de cas particuliers, les seules qu’on prononce sont C, R, F, L (CaReFuL) et le G des mots étrangers (big bang). Par exemple, dos se prononce [do] et bec se prononce [bɛk]. En dehors des cas particuliers, la prononciation des consonnes finales indique la présence d’un <e> final qui marque le genre grammatical (féminin) des personnes, de certains noms inanimés et des adjectifs. Ainsi, les erreurs de prononciation des consonnes finales constituent aussi des erreurs de grammaire, et de vocabulaire qui peuvent compromettre l’intelligibilité. Puisque les consonnes finales muettes créent le plus d’erreurs et que les consonnes finales muettes sont plus fréquentes que les consonnes finales prononcées, on commence par enseigner les consonnes finales muettes.  

L’objectif de cette leçon d’environ 10 minutes est d’enseigner la prononciation des consonnes finales, le genre grammatical des noms inanimés, le vocabulaire et l’orthographe en même temps. Le français et l’anglais partagent un grand nombre de mots, on peut donc s’en servir. L’enseignant n’a pas besoin d’expliquer explicitement la règle, en particulier avec les plus jeunes.  

L’enseignant lit 10 mots ayant la même structure phonétique, et des mots dont l’orthographe et le sens sont les mêmes dans les deux langues (ballet, bracelet…). Comme les élèves n’ont pas à s’occuper du sens des mots, ils peuvent se concentrer sur leur forme. Ils observent les nouveaux sons et la correspondance entre écriture et prononciation. L’enseignant parle lentement, assez fort et exagère l’articulation en répétant les mots deux fois. 

Exemple : le banquet, le ballet, le bilboquet, le bracelet, le criquet, le cricket, le secret, le sommet, le sorbet, le ticket. 

L’enseignant montre les mots avec une image, et explique le sens des mots, si les enfants sont jeunes ou ne connaissent pas encore certains mots et concepts. Ensuite, les élèves répètent les 10 mots avec la même terminaison avec leur article, après que l’enseignant les a lus à haute voix, tout en regardant les mots écrits accompagnés des images correspondantes. Cela permet de pratiquer aussi la lecture à haute voix. Plusieurs sens sont mobilisés simultanément : l’ouïe et la vue. La seule chose à expliquer est le sens des mots ; la répétition permet aux enfants d’assimiler les règles de manière intuitive, comme ce serait le cas en langue maternelle. S’il y a une explication, elle doit être aussi simple et rapide que possible : les mots se terminant par -et sont masculins (le) ; on ne prononce pas le T final. 

Les images illustrent le sens des mots, aident la mémorisation et rendent la leçon plus attrayante. Les enseignants peuvent lire les mots à haute voix en classe ou préenregistrer des fichiers sonores s’ils veulent présenter une prononciation native.  Les images aident particulièrement les élèves ayant différentes L1.  

Après avoir lu deux fois chaque mot, l’enseignant les lit une troisième fois à haute voix et demande aux élèves de répéter chaque mot juste après. L’enseignant dit : Répétez après moi, le banquet. Les élèves répètent ensemble le banquet en regardant l’image d’un banquet. Si la production des élèves est imprécise l’enseignant-e peut répéter et donner un feedback constructif. Par exemple, « on ne prononce pas le T final ».  Le feedback est utile s’il y a une pratique intensive qui lui est associée.  

L’enseignant lit une quatrième fois à haute voix les mêmes mots puis demande aux élèves de les répéter, mais cette fois sans les formes écrites, avec seulement les images. Selon l’âge et les connaissances des enfants, on peut trouver d’autres mots qu’ils connaissent déjà et en profiter pour réviser les mots connus : bleuet, chalet, guillemet, jouet … Si les mots sont nouveaux pour les apprenants, les mots aux concepts les plus simples sont les meilleurs choix. Par exemple, bracelet est plus facile à comprendre que budget. 

On leur demande ensuite de retrouver les noms avec le bon article et la bonne prononciation sans exemple de l’enseignant. Comme ils ont déjà entendu et vu les mots écrits de nombreuses fois ils devraient se souvenir des mots eux-mêmes, de leur article et de leur prononciation. Si les élèves ne prononcent pas correctement, l’enseignant peut répéter et demander aux élèves de répéter la forme correcte. Il n’est pas nécessaire de faire des commentaires ou d’expliquer une règle, une simple correction suffit. 

Les activités passent progressivement des répétitions à des activités plus communicatives. L’enseignant montre une image sans mots et demande : Qu’est-ce que c’est ?  Les élèves retrouvent les mots précédemment mentionnés. Une fois que les élèves arrivent à nommer les noms avec le bon article et la prononciation correcte (sans prononcer le T final), la prochaine étape consiste à faire de petites phrases courtes avec les mots des images, selon le niveau linguistique et cognitif des enfants. Par exemple : C’est un secret ! Je ne dis rien. Ou bien, ma sœur porte un bracelet. On peut aussi faire des enquêtes et demander à toutes les personnes de la classe : Qui possède un bracelet ? Qui a déjà vu un criquet ? Cela permet de répéter les nouveaux mots et de les utiliser en contexte. Bref, on trouve des activités différentes permettant des répétitions orales. 

La dernière étape consiste à déterminer le genre et la prononciation de nouveaux mots écrits avec la même règle phonétique et grammaticale (genre) pour lesquels les élèves utiliseront l’article défini approprié et les consonnes finales muettes appropriées. Ils doivent appliquer les règles à de nouveaux mots (projet, bouquet), démontrant ainsi qu’ils ont internalisé les règles phonétiques (consonnes finales muettes) et grammaticales (les mots se terminant par -et sont masculins, d’où l’article le). S’ils arrivent à les prononcer correctement et à trouver le bon article, l’objectif est atteint : les élèves auront appris une dizaine de mots, auront appris une règle grammaticale, et une règle phonétique. Un autre jour, on fera la même chose avec d’autres mots et d’autres terminaisons, par exemple les adjectifs en -ent (absent, compétent, excellent…), en travaillant bien la différence écrite et orale entre le masculin et le féminin. On peut alors varier les activités avec des exercices de reconnaissance (est-ce un garçon ou une fille : Daniel est prudent vs Danielle est prudente), des dictées et des jeux.

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Conclusion

Apprendre les mots avec leurs propriétés linguistiques (genre, sens, prononciation) est plus efficace et plus facile pour les apprenants. Le temps n’est pas un obstacle si la prononciation et la grammaire sont intégrées dans la leçon de langue. Nous avons vu ici qu’en une leçon de 10-15 minutes, il est possible d’enseigner le genre des noms, la prononciation, l’orthographe (la consonne finale n’est pas prononcée mais est présente) et 10 mots.  

En ce qui concerne l’obstacle de la méthode, une leçon de prononciation peut être courte, simple, et donner l’occasion de s’exercer avec peu d’explications et sans terminologie compliquée. Un enseignant n’a pas besoin d’avoir une prononciation native ou d’être spécialiste en phonétique pour enseigner les règles de prononciation de base telles que les consonnes finales muettes en français.  

Pour être efficace, la leçon doit prévoir des répétitions de la même structure phonétique et grammaticale. L’utilisation du vocabulaire déjà connu (similaire en L1) permet aux élèves de se concentrer sur la forme phonétique et grammaticale : le genre grammatical et la prononciation des consonnes finales. Ainsi, les élèves peuvent apprendre le vocabulaire avec le genre correspondant et la prononciation exacte, construisant une base de données d’informations précises dans la langue cible. Si une courte leçon de grammaire et de prononciation est intégrée à chaque leçon de langue, à la fin d’une année, les élèves auront étudié, pratiqué et transféré les bases de la prononciation, ce qui les aura aidés à apprendre aussi la grammaire et le vocabulaire. 

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Références

Darcy, I. (2018). Powerful and Effective Pronunciation Instruction: How Can We Achieve It?    The CATESOL Journal 30.1, 13-45  

Ellis, N. C. (2002). Frequency effects in language acquisition: A review with implications for theories of implicit and explicit language acquisition. Studies in Second Language Acquisition, 24, 143-188. 

Gatbonton, E., & Segalowitz, N. (2005). Rethinking communicative language teaching. A focus on access on fluency. The Canadian Modern Language Review/La Revue des langues vivantes, 61(3), 325–353. 

Keller, R, F. (2013) La Barbe: Feminine Beards and Other Mysteries of French Grammatical Gender. Senior Honors Projects. Paper 326. 

Seymour, P. H. K., Aro, M., & Erskine, J. M. (2003). Foundation literacy acquisition in European orthographies. British Journal of Psychology, 94, 143–174. 

Surridge, M.E. (1995). Le ou la? The Gender of French Nouns. Modern Languages in Practice. Clevedon. Multilingual Matters. 

Thomson, R. I., & Derwing, T. M. (2015). The effectiveness of L2 pronunciation instruction: A narrative review. Applied Linguistics, 36, 326-344. doi.org/10.1093/applin/amu076 

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Lien vers la publication originale ou la référence bibliographique

de Moras, N. (2022). Teaching French final consonants and grammatical gender of inanimate nouns. In J. Levis & A. Guskaroska (eds.), Proceedings of the 12th Pronunciation in Second Language Learning and Teaching Conference, held June 2021 virtually at Brock University, St. Catharines, ON.  

https://doi.org/10.31274/psllt.15694 

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