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(2023) Discours sur le français des autres

(2023) Discours sur le français des autres

Quels sont les discours des enseignants sur le français en immersion soit le français de leurs collègues et le français des jeunes et comment ces discours peuvent-ils influencer l’apprentissage du français en cette ère transnationale? Est-ce que les discours changent ou restent-ils les mêmes? 

Que disent les enseignants sur le français des jeunes en immersion?  

La plupart des enseignants en immersion sont ouverts aux répertoires linguistiques des élèves (Blommaert & Backus, 2011) même si plusieurs croient qu’ils ne seront jamais bilingues, s’ils ne pratiquent pas (Roy, 2020). La pureté de la langue française reste très importante pour certains enseignants. Mais comme le raconte un enseignant qui a travaillé en immersion depuis plus de vingt ans :  

Enseignant A : …je pense que les enfants parlent relativement bien. Ils arrivent bien à communiquer naturellement. Je me souviens d’avoir corrigé des textes il y a une vingtaine d’années absolument complètement aberrantes en français. Maintenant je corrige des textes qui sont faibles des fois, mais il y a un effort que ça aille du sens, ça se tient bien là. Je pense que comme j’enseigne surtout en 5e, 6e année, je pense que les professeurs dans les années qui me précèdent font quand même un bon travail qui contribue au succès de ce que moi j’enseigne ici. (Entrevue faite en 2009)  

Dans cet extrait, l’enseignant démontre bien comment les jeunes en immersion continuent à apprendre le français à leur façon quand ils sont bien encadrés par les enseignants de l’élémentaire. En 2023, comme tous les élèves d’une classe, certains seront forts en français, d’autres moins dépendamment du contexte ou de leur façon d’apprendre.  

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Que disent les enseignants sur le français de leurs collègues qui enseignent en immersion?

La plupart des enseignants dans les écoles d’immersion ont conscience des différentes variétés du français qui existent dans les différents programmes. Les deux enseignantes suivantes donnent un aperçu de certains discours par rapport au français des autres :  

S : En revenant aux enseignants, sans dire de nom là, qui critique qui ? Ceux qui sont plus à l’aise en français ?  

Enseignante A : Oui, et qui n’ont pas nécessairement de bonnes techniques d’enseignement, qui vont aller critiquer le français des autres, tandis que ces personnes-là ont un français chaotique, mais…. 

S : La technique est super en enseignement ? 

Enseignante A : Bien, on a tous nos forces et nos faiblesses en enseignement en tant qu’enseignant. On devrait se respecter comme ça, sauf qu’un prof de français qui fait des erreurs, c’est inacceptable, inadmissible de ma part. (Entrevue faite en 2009).  

On voit dans cet extrait que certaines personnes sont plus fortes en pédagogie au détriment de leur compétence en français. Mais pour cette enseignante, si on enseigne le français, il faut le faire comme il le faut. Elle parle des enseignants qui enseignent le français en immersion (French Language Arts).  Quatorze ans plus tard, ce discours existe encore sur les compétences des enseignants :  

Enseignante B : Je pense que… d’abord j’exigerais un minimum de B2 si pas, un C2 dans le recrutement. Parce que les erreurs fossilisées… J’étais dans une classe où le gamin en 3e année c’était « le fleur », « le fleur vert ». Et « le girafe » avec deux « f ».  Et le gamin, 3e année, ou 4e je ne sais plus : « Mais Madame… » ben oui madame, elle vient de l’immersion aussi, Madame dit que c’est « le fleur ». Ben si c’est « le fleur » c’est le fleur. On ne va pas créer un scandale diplomatique pour « le fleur ». Mais voilà, ça part à la source. Moi je m’assurerais d’une part du niveau de langue. Si c’est ça le but, si c’est ça le but… si c’est ça le but je m’assurerais du niveau de certains enseignants tout le long (Entrevue faite en 2022)  

Dans cet extrait, on peut lire une critique du français des élèves ainsi que ceux des enseignants de l’immersion. Ce que j’essaie de démontrer ici, ce sont les discours qui continuent à être véhiculés dans les programmes d’immersion.  Ces derniers sont souvent véhiculés par les locuteurs natifs de la langue ou par ceux qui ont une compétence élevée en français.

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Quels sont les autres discours et les conséquences de ces discours?  

Ces discours sur le français ne viennent pas d’hier. La standardisation d’une langue pour une nation, c’est-à-dire avoir la même façon de parler pour faire partie d’une communauté (comme parler américain aux États-Unis ou le québécois au Québec) reste très forte. Cette idéologie linguistique persiste comme le raconte une direction d’école d’immersion :  

Direction : Tout le monde aussi si eh les personnes qui parlent français au Canada on pense que si on apprend le français ce doit être parfait. Parce que si nous habitons dans un pays avec cinq langues, c’est évident que chaque personne n’a pas une perfection de chaque langue et on accepte, les petites fautes, mais ici au Canada quand on a une langue et peut être deux langues. je me demande si on demande que la langue qu’on parle est parfaitement parlée (Entrevue faite en 2007)  

En 2023, ce discours existe encore, mais à l’ère du transnationalisme, mais surtout grâce à la  population de jeunes qui sont dans les écoles d’immersion, les discours changent. Comme le raconte un enseignant du secondaire :  

Enseignant B : Mais, la majorité se sent bilingue comme confortable (il continue en paraphrasant ce que les jeunes diraient) « je suis capable d’avoir une conversation avec du monde. Je me sens confortable de parler en français si j’allais en voyage, évidement, tu sais, mon français n’est pas si bon que genre un francophone, mais je sens confortable à l’utiliser. » Et puis, il y en a plusieurs aussi qui se sentent assez confortables d’utiliser leur espagnol. Parce qu’eux autres, l’espagnol commence en quatrième année. Donc il y a déjà une sens de multilingue là qu’on on arrive en onzième, douzième année. Si on rajoute une quatrième langue qui [inaudible] à la famille tu sais, je n’ai pas vraiment vu une grosse différence entre les élèves qui- [inaudible] défini comme multilingues et nos autres élèves. (Entrevue faite en 2021). 

Dans cet extrait, on peut voir les changements même si les jeunes vont se comparer ‘au francophone’ quand il parle français; un indice de l’idée que les locuteurs natifs continuent à être les personnes légitimes d’utiliser le français. Cette idéologie (Blackledge, 2000) continue à dominer les discours et est souvent reproduite par les locuteurs natifs.  

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Qu’est-ce que la sociolinguistique pour le changement peut apporter?

La sociolinguistique pour le changement est un cadre théorique qui propose d’apporter des changements dans la façon dont on voit les apprenants de langue seconde ou additionnelle. Elle permet de faire une réflexion sur nos idées sur qui apprend les langues, qui devrait les enseigner et comment elle devrait être parler ou utiliser dans la société. La sociolinguistique pour le changement est utilisée pour examiner les discours et les idéologies linguistiques qui s’y retrouvent (comme le fait que le français doit être parlé ou utilisé comme un locuteur natif pour être accepté).  

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Implications pour la salle de classe

Les premières étapes de la sociolinguistique pour le changement, c’est de se poser les questions suivantes :  

  1. Quelles sont mes idées sur les langues et d’où viennent-elles?
  2. Comment mes croyances sur l’apprentissage des langues affectent-elles les gens autour de moi?
  3. Dans une communauté scolaire, comment puis-je ouvrir la porte aux répertoires linguistiques du français sans reproduire les discours sur le français qui marginalisent certains apprenants ? 

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Conclusion

À partir des discours d’enseignants et d’une direction, nous avons constaté que les vieux discours d’une langue et d’une nation commencent à changer avec les multiples langues et répertoires linguistiques. Même si certains enseignants critiquent leurs collègues et les jeunes sur leur français, il reste que l’immersion française est le meilleur programme pour apprendre la langue, même si le français n’est pas parfait. Avec la sociolinguistique pour le changement, on peut se poser les questions sur le français, son enseignement et son apprentissage afin d’offrir un milieu plus inclusif et plus sécurisant afin que les jeunes puissent pratiquer leurs variétés du français en immersion. Même si on veut protéger le français à tout prix, le monde change, les jeunes ont des répertoires linguistiques variés et ils utiliseront ces répertoires pour apprendre et pour communiquer. Apprendre le français, c’est faire partie d’une communauté qui comprend plusieurs variétés. Nous devons donner la chance à ceux qui veulent l’apprendre ou l’enseigner de le faire sans toujours penser que leur français n’est jamais assez bon.

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Références

Blommaert, Jan & Ad, Backus 2011. Repertoires revisited : ‘Knowing language’ in superdiversity. Working Papers in Urban Language & Literacies, Paper 67. Tilburg : Tilburg University. 

Blackledge, A. (2000). Monolingual ideologies in multilingual states: language, hegemony and social justice in Western liberal democracies. Sociolinguistic Studies, 1 (2), 25-45. 

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Lien vers la publication originale ou la référence bibliographique

La plupart des données proviennent de Roy (2020). Une citation provient d’une recherche sur le recrutement et la rétention des enseignants à Calgary.  

Roy, S. (2020). French Immersion Ideologies in Canada. Lexington Books.  

Teacher Recruitment and Retention Strategy in Minority French-language Schools and in French Immersion and Second-language Programs (2021-2023)  

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