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(2021) Le Francopass : un nouvel outil pédagogique pour les apprenants du français langue seconde?

(2021) Le Francopass : un nouvel outil pédagogique pour les apprenants du français langue seconde?

Qu’est-ce que le Francopass?  

Le Francopass est une application web qui a été créée en 2019 par une équipe de chercheurs et d’étudiants de l’Université de l’Alberta et du Campus Saint-Jean dans le but d’encourager les étudiants à participer à des activités dans la communauté francophone locale. Contrairement aux applications mobiles (native application), les applications web ne peuvent pas être téléchargées sur Apple Store et Googleplay. Requérant un accès à internet, ces dernières sont moins onéreuses et plus simples à développer. Elles offrent notamment l’avantage d’être compatibles avec les principaux systèmes d’exploitation (Android et IOS). En contrepartie, les applications web sont moins rapides que les applications mobiles et posent parfois des problèmes de compatibilité avec certaines fonctionnalités internes du dispositif (caméra, GPS).

Le Francopass met en œuvre plusieurs principes de ludification (gamification) comme l’accumulation de points d’expériences, le changement de niveau et la possibilité de compléter des quiz. Ces principes sont aujourd’hui utilisés avec succès dans un grand nombre de contextes éducatifs (Dörnyei, 2001; Takahashi, 2005), car ils permettent de susciter tant la “motivation externe” que la “motivation interne” des étudiants. Tandis que la première est tournée vers l’obtention d’une récompense extérieure, la seconde se nourrit de son propre intérêt et perdure donc davantage (Ryan & Deci, 2000). Dans le domaine particulier de l’acquisition d’une langue seconde, la ludification peut revêtir une variété de formes qui vont du recours au principe de compétition (Evans, 2016) à l’intégration de jeux vidéo dans la classe (Iaremenko, 2017) à l’utilisation de la réalité augmentée (Holden & Sykes, 2011; Perry, 2015; Goodwin-Jones, 2016).

Le Francopass propose aux utilisateurs une liste d’événements en français accompagnés pour chacun d’une brève description, de ses coordonnées physiques (incluant la possibilité de géolocaliser le site de l’événement sur Googlemap) ainsi qu’un nombre de points étoiles (star points) et de points d’expérience (XP points). Le principe de base de l’application consiste à accumuler des points étoiles et des points d’expérience en assistant à des activités en français. Grâce aux points étoiles, il est possible d’acheter des tickets de loterie afin de gagner des cadeaux offerts par les organismes partenaires (p. ex., tickets de théâtre, carte cadeau, etc.,). Quant aux points d’expérience, ils sont utiles pour changer de niveau. Plus l’activité requiert un niveau de compétence langagière élevé, plus le nombre de points qui lui est attribué est important. 

Lorsqu’ils participent à une activité, les utilisateurs doivent scanner un code QR ou taper un code alphanumérique, ce qui permet de vérifier leur participation. Grâce à un système de géolocalisation, il est possible de s’assurer que l’utilisateur ayant scanné le code QR, se trouve bien dans un périmètre de 150 mètres de l’événement. Le nouveau contexte de distanciation sociale lié à la pandémie de COVID nous a poussés à rendre compatible le Francopass avec les activités en ligne. En plus des points à accumuler, le Francopass intègre d’autres stratégies de ludification comme la possibilité de gagner des badges en assistant à des événements diversifiés, de compléter des quiz et d’entreprendre des “campagnes” en assistant à plusieurs événements durant une période de temps donnée. Le tableau d’honneur est aussi une fonction intéressante qui permet de créer des équipes stimulant ainsi l’esprit de compétition et de collaboration.

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Quel rôle le Francopass confère-t-il aux organismes de la communauté francophone?     

Le Francopass s’appuie sur la vitalité des organismes de la communauté francophone d’Edmonton, qui proposent une grande variété d’activités durant toute l’année. Plusieurs de ces organismes, à commencer par l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA Edmonton) et Canadian Parents for French Alberta, ont été impliqués très tôt dans l’élaboration de l’application. Parmi les partenaires du Francopass qui utilisent l’application pour annoncer leurs événements, on compte notamment l’Alliance française d’Edmonton et L’UniThéâtre. Les organismes partenaires ont la possibilité de faire des dons (par. ex. T-shirts) que les utilisateurs peuvent remporter au moyen des tickets de loterie virtuels. Bien plus qu’une simple application, le Francopass est un véritable projet communautaire qui s’intègre dans le tissu associatif local et confère un rôle actif aussi bien aux utilisateurs qu’aux associations partenaires dans la promotion du français. En outre, ces dernières bénéficient d’un accès privilégié à l’interface administrative de l’application qui leur permet de soumettre elles-mêmes leurs événements et de générer les codes QR.

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Quels sont les bénéfices du Francopass selon nos résultats de recherche?

Le Francopass a fait l’objet d’un test à petite échelle entre septembre 2019 et décembre 2019, puis d’un test à grande échelle sur l’ensemble du campus entre janvier 2020 et mars 2020. Ce dernier a dû être interrompu en raison de la pandémie de COVID qui a grandement affecté le niveau de participation des utilisateurs. Nous avons également utilisé la fonction “sondage” de l’application afin d’évaluer le niveau de satisfaction des utilisateurs. L’objectif de ces consultations était double :1) déterminer l’effet qu’avait le Francopass à la fois sur la perception qu’avaient les utilisateurs de la communauté francophone et sur leur motivation à apprendre le français (Richard et Gaudet, 2015); 2) nous assurer de la fiabilité technique de l’application. 

Dans le cadre restreint de cette contribution, nous nous contenterons de partager certains résultats du test à petite échelle. Celui-ci se composait d’un questionnaire pré-test et questionnaire post-test (composés de questions semi-ouvertes et d’échelles de Likert) destinés à évaluer les changements éventuels dans la motivation des utilisateurs à apprendre le français. L’échantillon comprenait à la fois des étudiants apprenants du français du département de Modern Languages and Cultural Studies (MLCS) et des étudiants du programme d’éducation du Campus Saint-Jean possédant déjà une solide connaissance de la langue. 

Les résultats ont montré que les étudiants de MLCS ont davantage interagi avec l’application que les étudiants du programme en éducation (Herman et al, 2020, p. 246). Cette différence d’engagement pourrait s’expliquer par le fait que les étudiants francophones estiment que leur compétence du français et leur connaissance du milieu culturel local est déjà suffisante. Sur les 10 apprenants du français ayant rempli le questionnaire, 8 ont indiqué que leur perception de la communauté francophone était plus positive après avoir utilisé le Francopass. 7 sur 8 ont exprimé une adhésion forte ou très forte à l’affirmation selon laquelle le Francopass leur avait permis d’augmenter leur connaissance de la langue française et de la culture francophone. Tous les étudiants ont indiqué qu’ils recommanderaient l’application à leurs pairs et l’utiliseraient dans leur classe s’ils étaient enseignants. En ce qui concerne le niveau de satisfaction des 49 utilisateurs ayant pris part au sondage entre le 14 septembre 2019 au 31 janvier 2021, il se situe pour 47 d’entre eux entre 0 et 1 sur une échelle de 0 à 4 (0 étant le maximum et 4 étant le minimum). 

Même si l’échantillon des répondants demeure limité, les résultats obtenus confirment les bénéfices du Francopass, en particulier auprès des apprenants du français. En outre, nous avons noté que l’engagement des instructeurs à promouvoir l’application avait une incidence directe sur son niveau d’utilisation par les étudiants. En d’autres termes, l’intégration réussie du Francopass au sein de la salle de classe s’avère primordiale. Par ailleurs, suite à la rétroaction des utilisateurs, plusieurs améliorations ont été apportées à l’application, dont l’ajout d’une interface bilingue, la possibilité de taper un code alphanumérique afin de pallier aux difficultés à scanner le code QR et l’option d’envoi de notifications pour les événements à venir.

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Comment le Francopass peut-il appuyer les objectifs du programme d’études en immersion française?

Le ministère de l’Éducation de l’Alberta a défini des objectifs clairs pour le programme d’immersion française en Alberta. Parmi ces objectifs figure l’atteinte d’un certain degré de bilinguisme au terme de douze années de scolarité. Ce niveau de bilinguisme se caractérise notamment par une capacité chez les élèves à interagir en français avec aisance dans divers contextes de la vie quotidienne. En plaçant les élèves dans des situations de communication authentiques comme, par exemple, celles de commander un croissant au Café bicyclette ou d’acheter un billet de pièce de théâtre, le Francopass contribue à l’atteinte de cet objectif langagier.

De plus, toujours selon le programme d’études, une expérience de douze ans en immersion française devrait permettre aux élèves d’explorer et de découvrir les cultures francophones. Le Francopass facilite cette exploration en présentant toute une gamme d’évènements culturels et sociaux qui dévoilent aux élèves diverses facettes des cultures francophones. Le système de badges en particulier incite les utilisateurs à choisir des activités mettant en valeur des communautés culturelles différentes. Par exemple, grâce au Francopass, les élèves peuvent participer à une soirée dansante canadienne française, se joindre à une chorale francophone, découvrir la légende du canoë volant en participant à un festival hivernal, participer à une soirée de contes togolais ou déguster des mets de différents pays de l’Afrique francophone!

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Comment intégrer le Francopass dans une classe de français langue seconde? 

L’enseignant peut utiliser le Francopass aussi bien pour faire vivre aux élèves une expérience ponctuelle que pour mener un projet de plus grande envergure. Les activités de courte durée lui permettent de maximiser le temps d’instruction pendant les moments de transition. Par exemple, il peut afficher au tableau numérique (TBI) un petit quiz du Francopass sur les restaurants français locaux, faire écouter aux élèves une nouvelle chanson interprétée par un artiste local ou les faire participer à un jeu sur les expressions idiomatiques. Ensuite, ces activités peuvent servir d’amorces à des projets de plus longue durée. Ainsi, l’écoute d’une chanson pourrait donner lieu à des activités de prolongement telles que le dégagement du sens global d’un texte, la discussion des thèmes et des messages véhiculés, le repérage des emplois de langage imagé, la mise en lien avec l’expérience personnelle de l’élève ou la création de sa propre chanson. 

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Le Francopass peut-il permettre le développement d’un sentiment d’appartenance à la communauté francophone chez l’apprenant du français?

Les locuteurs de français langue seconde peuvent ressentir une insécurité linguistique qui entrave souvent leur participation à des activités en français et constitue par le fait même un frein à leur apprentissage de la langue. Tel que précisé plus haut, l’application présente plusieurs fonctionnalités qui contribuent à rendre amusante l’expérience d’apprentissage de la langue en piquant la curiosité de l’élève et en l’encourageant à entrer dans le jeu. Au départ, cet aspect ludique donne envie à l’élève de participer à des activités faciles à réaliser, mais au fur et à mesure qu’il gagne des badges et des étoiles, sa confiance en lui augmente, et avec elle, son désir de prendre de plus grands risques. Il se sent alors mieux équipé pour s’investir dans des activités plus complexes, ce qui l’amène graduellement à développer le sentiment d’avoir sa place dans la communauté francophone.

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Le Francopass peut-il être adapté pour être déployé au sein d’autres communautés francophones?

L’utilisation du Francopass se limite pour le moment à la région centrale d’Edmonton où se concentrent un grand nombre d’activités en français. Les contraintes imposées par la pandémie nous ont conduit à suspendre la fonction de géolocalisation afin d’ajouter à notre éventail d’activités des événements en ligne. Il s’agit d’une première étape vers la délocalisation de l’application. À notre sens, le modèle du Francopass pourrait être aisément implanté au sein d’autres communautés francophones en contexte minoritaire disposant d’un réseau associatif dynamique. On pourrait envisager une version locale du Francopass aux couleurs de son nouvel environnement et gérée par une équipe qui se chargerait de sa coordination sur place (prise de contact avec les organismes locaux, affichage des événements, etc.). Les divers Francopass pourraient être “connectés” de sorte que les utilisateurs d’une province (ou d’une région donnée) se déplaçant dans une autre province puissent avoir accès aux événements en français s’y déroulant.

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Conclusion

En somme, grâce à son caractère ludique et aux nombreux choix d’activités qu’il offre, le Francopass motive les utilisateurs à s’impliquer dans la communauté francophone locale selon leur niveau de confort avec la langue française. Les résultats encourageants que nous avons obtenus dans le contexte de ce projet de recherche, nous amènent à penser que cet outil est transférable au contexte des apprenants de français langue seconde en immersion française. Le Francopass permettrait de soutenir les enseignants dans leur travail de passeur culturel consistant à faire découvrir aux élèves que le français n’est pas juste une langue à étudier, mais bel et bien une langue vivante que l’on utilise dans des contextes de communication authentiques. Le Francopass constitue également un excellent moyen de soutenir les organismes francophones locaux et de favoriser chez les apprenants le sentiment d’appartenance à la communauté francophone dont le rôle est crucial dans la motivation à apprendre la langue. 

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Références

Alberta Education (2014). Handbook for French immersion administrators: https://education.alberta.ca/media/3115178/frimmhandbook.pdf 

Canadian Parents for French (2020). Développer la sécurité linguistique : Soyez courageux ! Parlez français ! https://cpf.ca/en/files/CPF_2020_LinguisticSecurityBrief_FR_v5_EMAIL.pdf.

Cavanagh, M. S. Rao, E.i Stroulia, L. Cammarata (2020) “Francopass, une nouvelle application mobile pour développer le sentiment d’appartenance à la communauté francophone en Alberta”, Journal of the Canadian Association for Curriculum Studies∕ Revue de l’Association canadienne pour l’étude du curriculum, Vol. 18, No. 1, pp. 70-71.

Dörnyei, Z. (2001) “New themes and approaches in second language motivation research”, Annual Review of Applied Linguistics, Vol. 21, pp 43–59.

Evans, E. (2016) “Gamification in a Year 10 Latin Classroom: Ineffective ‘Edutainment’ or a Valid Pedagogical Tool?”. Journal of Classics Teaching, Vol. 17, No. 34, pp 1-13.

Fédération de la jeunesse canadienne-française. (2020). Stratégie nationale pour la sécurité linguistique, https://www.snsl.ca/.

Gaudet, S. and R. Clement (2009). “Forging an identity as a linguistic minority: Intra- and intergroup aspects of language, communication and identity in Western Canada”, International Journal of Intercultural Relations, Vol. 33, No. 3, pp, 213-227.

Goodwin-Jones, R. (2016) “Augmented reality and language learning: From annotated vocabulary to place-based mobile games”, Language Learning & Technology, Vol. 20, No. 3, pp 9–19.

Herman, A,, S. Rao, M. Snihur & E. Stroulia (2020). “Francopass: a Community-oriented Gamified Web Application for French Learners and Education Students”, 14th European Conference on Games Based Learning (ECGBL) Proceedings, University of Brighton, 24th – 25th September 2020, edited by Panagiotis Fotaris, ACIL, pp. 242-248.

Holden, C. & J. Sykes (2011) “Leveraging Mobile Games for Place-based Language Learning”, International Journal of Game-Based Learning, Vol. 1, No. 2, pp 1-18.

Iaremenko, N. V. I. (2017) “Enhancing English Language Learners’ Motivation through Online Games”, ÌnformacìjnìTehnologì Ì Zasobi Navčannâ, Vol. 59, No. 3, pp 126-133.

Perry, B. (2015) “Gamifying French Language Learning: A Case Study Examining a Quest- based, Augmented Reality Mobile Learning-tool”, Procedia – Social and Behavioral Sciences, Vol. 174, pp 2308-2315.

Ryan, R. M. and E. Deci (2000) “Intrinsic and Extrinsic Motivations: Classic Definitions and New Directions”, Contemporary Educational Psychology, Vol. 25, No 1, pp 54–67.

Richard, M. and Gaudet, J. (2015) “Comprendre le rôle de passeuses culturelles que jouent les enseignantes afin de mieux intervenir en milieu francophone minoritaire”, Revue des sciences de l’éducation, Vol. 41, No. 1, pp 115–133.

Takahashi, S. (2005) “Pragmalinguistic Awareness: Is it Related to Motivation and Proficiency?”, Applied Linguistics, Vol. 26, No. 1, pp 90–120.

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